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Chevaliers sans armure
À propos
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Interroger le corps, c'est interroger le monde
Je crois que, pour danser, il faut pouvoir s'oublier, il faut pouvoir lâcher prise sur toute idée, et rendre le corps disponible au mouvement dansé. Le mouvement dansé - la danse - est un flux vital, pérennement en mouvement et en transformation.
Par cette qualité intensive qui crée à chaque instant un nouvel espace pour se déployer, le corps du danseur devient le véhicule d'une mise en forme, et l'oeil du spectateur, le témoin pour que la danse, en fait, puisse se regarder elle-même... Mais alors, qui danse ?
Existe-t-il véritablement une séparation entre l'interprète, l'oeuvre et le spectateur ? C'est dans l'écoute de ce flux vital, sans cesse métamorphosé, que la danse nous apparaît. Que nous soyons assis, en train de la regarder, ou en équilibre sur une jambe, prêts à l'accueillir. Feu alchimique de la mémoire, "lieu" fugitif de l'impensable, souple, mobile, instantané, échappant à toute possession, tout critère, tout concept, la danse rend visible les mémoires enfouies dans notre corps.
En les redistribuant dans un espace-temps autre, elle leur donne la possibilité de se délier. Comme si, ce qui n'avait pas su trouver place dans le monde épais du "compréhensible", pouvait maintenant rejouer son existence dans la fluidité qualitative du mouvement dansé.
Mais toutes ces nécropoles de mémoires, individuelles et collectives, qui forment notre corps, en constituent la profondeur, l'opacité. Comment peuvent-elles trouver l'envol pour se fluidifier et se donner au mouvement dansé, si celui-ci, de son côté, comme un animal sauvage aux aguets, au premier faux pas, prend la fuite et disparaît ?
La danse. Comment ça marche ? Qu'est-ce qui fait la différence entre l'agitation corporelle et le mouvement dansé ? Comment distinguer le corps mécanique et le corps dansant ? Ont-ils la même expansion, les mêmes limites, découvrent-ils les mêmes espaces, les mêmes durées ?
Il faut aiguiser le "regard" pour percer la limite de la silhouette biologique, de la synthèse anatomique, et rencontrer le corps dansant. La danse, ce n'est pas l'espace parcouru, mais le mouvement en train de s'accomplir. C'est la nudité sous le vêtement du mouvement codifié, la vie de l'instant présent sous la forme "reconnue", qui apparaît.
Interroger le corps, c'est interroger le monde.
Paco Dècina
Source Texte : Le Théâtre de la Cité internationale (http://www.theatredelacite.com)
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Source Artishoc : Le Théâtre de la Cité internationale - http://www.theatredelacite.com
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