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L'Opéra paysan
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Entretien avec Béla Pintér
David Sanson : Vous êtes issu du champ de la danse et de la performance : comment diriez-vous que cela a influencé votre manière de faire du théâtre ?
Béla Pinter : « Avant de fonder ma compagnie, j'ai joué dans toutes sortes de spectacles, du théâtre alternatif et expérimental aux cabarets classiques, en passant par la danse contemporaine. D'un autre côté, je me passionne pour la musique et la danse folkloriques hongroises, dont je possède une bonne connaissance. L'influence de mon expérience dans le domaine de la danse était surtout perceptible dans mon premier spectacle, Common Bondage. Depuis lors, le texte et la narration, la musique et le chant ont occupé dans mes projets une place au moins aussi importante. Quoi qu'il en soit, j'accorde toujours de l'attention aux mouvements des acteurs – et tous les gestes qui ressemblent à de la danse dans mes spectacles sont précisément chorégraphiés, même si c'est de manière très simple.
David Sanson : Quel a été le point de départ de cet Opéra paysan ? Cherchiez-vous d'abord à écrire un opéra, ou à travailler sur ce texte de John Gray ?
Béla Pinter : « L'Opéra paysan fait partie des spectacles dont la forme a inspiré le sujet. Je cherchais à utiliser certaines lamentations de la musique folklorique transsylvanienne comme lignes directrices de la dramaturgie. Je connais au moins 200 chants traditionnels : j'en ai choisi quelques-uns, qui sont devenus les arias – ces parties durant lesquelles les personnages se tournent vers le public pour chanter leurs peines, exprimer leurs émotions profondes. Pour écrire les récitatifs, nous avons utilisé de la musique baroque pour cordes – dans ce cas, le texte est venu en premier, à partir duquel Benedek Darvas a ensuite composé la partition. Même si nous chantons pendant toute la durée du spectacle, nous ne considérons pas celui-ci comme un opéra, mais plutôt comme une pièce de théâtre d'un type particulier, dans lequel la musique serait utilisée pour rehausser, élever des situations réalistes. Cela n'a rien à voir avec L'Opéra des mendiants de John Gray.
David Sanson : Pourquoi avoir alors choisi la structure de l'opéra baroque ?
Béla Pinter : « La musique instrumentale pour cordes de Transsylvanie tire son origine du baroque. C'est pourquoi les deux matériaux musicaux qui constituent la pièce, en apparence si différents – les chants folkloriques des arias et le reste de la musique –, finissent par former une pièce musicale homogène. L'Opéra paysan est une pièce-clé dans le travail de notre compagnie, mais aussi dans le paysage théâtral hongrois – une expérience qui n'avait jamais été tentée jusque-là.
David Sanson : Vous avez déclaré un jour que « c'est à travers le comique et l'ironie que nous pouvons faire l'expérience du tragique » : dans quelle mesure cela s'applique-t-il pour le présent spectacle ?
Béla Pinter : « Depuis l'Antiquité grecque,nous savons que le pur tragique peut fonctionner aussi très bien. Dans notre théâtre, le public rie beaucoup, mais vers la fin, ces rires commencent à se glacer, à se figer : ce mélange entre le comique et le tragique est une caractéristique de notre travail, que nous avons utilisée également pour L'Opéra paysan. Maheureusement, une partie des spectacteurs a cru qu'il s'agissait d'une simple parodie d'opéra – dans leur cas, notre propos artistique n'a pas atteint son but.
David Sanson : Comment travaillent un metteur en scène et une compagnie de théâtre en Hongrie aujourd'hui ? Quelle résonance votre travail peut-il revêtir dans le contexte d'une Union européenne élargie.
Béla Pinter : « Nous travaillons dans une petite salle : parmi toutes les troupes qui l'occupent, nous sommes celle qui joue le plus souvent et dont les spectacles attirent le plus de spectateurs. Même si nous avons gagné de nombreux prix et si notre compagnie est considérée comme l'une des meilleures de Hongrie, nous sommes en permanence en situation de crise financière. Nos subventions ne représentent que la moitié de ce dont nous aurions besoin, et il n'y a aucun espoir pour que cette situation change dans le futur. Les acteurs de la compagnie sont obligés d'accepter de nombreux petits boulots, ce qui ne facilite pas notre processus de travail – sans pour autant que cela diminue la qualité artistique de ce que nous faisons. Ecoutez la musique folklorique transylvanienne : vous y découvrirez des motifs roumains, tziganes, juifs, serbes, saxons, arméniens – sans parler des influences baroques que j'ai déjà évoquées. Du fait de sa situation géographique et de sa fermeture sur l'extérieur, durant l'ère Ceausescu, la musique folklorique est restée quasiment en l'état. Regarder L'Opéra paysan, c'est avoir une vision fugitive de l'Europe des temps passés. En outre, l'histoire – qui joue avec le motif du migrant – pourra sembler familière à un public français, si l'on songe par exemple à une pièce telle que Le Malentendu d'Albert Camus. Je pense que L'Opéra paysan, tout comme le reste de nos spectacles, est aussi compréhensible dans un contexte européen que dans un contexte hongrois. »
Propos recueillis par David Sanson
pour le Festival d'Automne à Paris
Source Texte : Le Théâtre de la Cité internationale (http://www.theatredelacite.com)
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Source Artishoc : Le Théâtre de la Cité internationale - http://www.theatredelacite.com
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