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Nous y étions / nous y sommes / nous en sommes là


Ça quand même



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Ça quand même
Maguy Marin et Denis Mariotte

Maguy Marin et Denis Mariotte appartiennent à une tout autre génération que les jeunes artistes de Sweet and Tender puisque, ancienne élève de Béjart, Maguy Marin a crée sa première compagnie en 1978 à Créteil. En 1998, elle déplace son CCN de Créteil à une autre banlieue, Rilleux-la-Pape, mais il lui faudra attendre 2006 avant de prendre possession de locaux définitifs où elle compte bien continuer de « défendre l'idée d'un pôle culturel collectif, ouvert à d'autres compagnies de danse et à d'autres disciplines artistiques. »
Denis Mariotte quant à lui est musicien et compose, entre autres, les musiques des spectacles de Maguy Marin depuis 1990.

Et pourtant, malgré leur expérience de longue durée, les mêmes questions se posent à eux qu'à la génération des Sweet and Tender. Ça quand même est un duo qu'ils ont crées en 2004 et qui semble hanter par la peur ou au moins l'inquiétude, une inquiétude sourde, aussi sourde que la musique qui vrombit autour d'eux : qu'est-ce que faire encore du spectacle ? cela a-t-il un sens et lequel ? Pourquoi demander au public de venir nous voir ? A l'unisson, les voix de Marin et Mariotte disent un texte qui est la colonne vertébrale du spectacle et qui semble être le monologue intérieur d'une double conscience posée sur la scène : « nous y sommes, nous en sommes là. » Mais qu'est-ce qui justifie que nous soyons là justement, disent les voix ? que nous touchions un salaire ? que vous payiez un billet ? que vous ayiez fait gardé vos enfants ? Comme satisfaire toutes les demandes ? Celle du public, celle des programmateurs qui ne veulent pas qu'on effraie et fasse fuir leur public, celle de la critique, celle des attachés de presse qui veulent des intentions et des plaquettes. Comment au fond, et pourquoi, créer dans le système ?
Dans une intervention publique, comme les théâtres en organisent de plus en plus pour entre autres fidéliser le public, Maguy Marin expliquait en quoi Ça quand même était un geste à la fois politique et artistique :
« C'est notre seule façon d'agir, voilà comment je le ressens. La forme artistique c'est au bout du compte là où les choses prennent vraiment du poids. Il fallait trouver une forme à ces questions, à notre sentiment de déstabilisation né avec le mouvement des intermittents : le rapport au public par exemple et on a vu que le public n'a pas toujours été très sympathique avec les intermittents, pas mal de gens avait payé leur place et se foutait pas mal du contexte. De voir comment finalement la consommation de l'art par le spectateur, la place qu'ont les programmateurs, les journalistes, de voir comment c'est prépondérant dans le travail d'artiste, comment ça détermine des objets d'art qui sont du coup différents, qui sont altérés par cette demande très en amont par exemple de textes d'intention, par la volonté de communiquer, de donner des photos, comme s'il fallait vendre son produit, cela est très troublant. Surtout pour les jeunes artistes, il est très tentant de correspondre à ce que les programmateurs demandent en fonction de ce que demande le public. Une pièce qui ne tourne pas, est ce par ce que c'est mauvais ou trop difficile ou trop grave et que le public n'a pas envie de ça ? »
A cette inquiétude, Maguy Marin et Denis Mariotte n'ont qu'une seule chose à opposer : leur présence, leur corps, parfois démultipliés en silhouettes de carton grandeur nature. Ils sortent, entrent, s'habillent, se déshabillent, dans un minimalisme gestuel et un goût de l'accessoire qui annoncent la grande pièce à venir, Umwelt (2004). Ils se tiennent debout face à la salle, inquiets mais tenaces, incertains de leurs droits ou de leur légitimité mais ils sont là, juste là, ensemble, et le public avec eux.

Stéphane Bouquet




Source Texte : Le Théâtre de la Cité internationale (http://www.theatredelacite.com)

Genre :
Thème(s) : danse, danse contemporaine,
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Source Artishoc : Le Théâtre de la Cité internationale - http://www.theatredelacite.com

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