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Quartett




" Chaque être humain est un abîme. "
du 27 février au 28 mars 2004


Chaque être humain est un abîme.

Heiner Müller le grand dramaturge allemand ne se saisit pas des textes du répertoire pour les adapter mais pour les faire exploser. Il l'a fait avec Hamlet qui l'obsédait depuis toujours, il le fait ici avec Les Liaisons dangereuses de Laclos pour démonter la mécanique des rapports entre les sexes. Comme un enfant qui ouvre un jouet il en fait jaillir les ressorts.
Et Merteuil et Valmont deviennent ces héros noirs qui mènent une danse de mort. Joute amoureuse et verbale, la pièce entraîne vers l'excès, vers la jouissance des mots qui remplace celle des corps.
Pierre Baux et Violaine Schwartz extériorisent le plaisir de ce dernier combat avant la nuit des corps.

Une très belle et très lucide tragédie du désir.
Deux êtres de sexe opposé se livrent une guerre sans limite, sous forme de dernière parade amoureuse. Entre Merteuil et Valmont, il n'y a plus de zones d'ombre. Il n'y a plus rien à cacher. Ils savent tout l'un de l'autre. Et sans doute un peu plus. En cela, je lis Quartett comme une très belle et lucide tragédie du désir. Tout a été vécu, digéré. « Je suis un dictionnaire de conversation à l'agonie » (Valmont)

Se situant « au-dessus de l'amour », ils le traitent en physiologistes éclairés, entraînant leur propre corps à un contrôle serré. L'humain y est cerné de part en part. Cette surveillance exercée sur soi-même, sur l'intime le plus enfoui, cette dissection froide, analytique, de la mécanique amoureuse, pénètre, infiltre des zones où le sexe, le pouvoir et la mort se mélangent, dans la plus grande et cinglante élégance...

Nous immergeant à notre tour dans le XVIIIème siècle des Liaisons dangereuses, nous nous sommes inspirés des projets disciplinaires qu'invente la société des Lumières. Les « prisons modèles » qui apparaissent au tournant du siècle ne maintiennent plus le corps caché et privé de lumière mais au contraire le soumettent à être constamment visible. Torture moins spectaculaire mais beaucoup plus insidieuse, mentale. C'est la visibilité même qui devient un piège. L'intimité appartient au corps public.

Réduits à leur seule et indéfectible compagnie, Merteuil et Valmont se rendront, sur le plateau, prisonniers d'un dispositif fictif, se donnant l'illusion de se piéger l'un l'autre, de se maintenir sous surveillance.
Un espace sans ombre et sans repli, où il n'y a pas d'alternative au regard de l'autre sur soi. Un piège à découvert, d'une clarté aveuglante. Blanc, jusqu'au vertige.
«Il demeure dans l'idée de blancheur un élément secret de terreur, caché au plus intime de la chose, qui précipite l'âme à de plus grandes épouvantes que la pourpre effrayante du sang. » MELVILLE - Moby Dick

Célie Pauthe





Source Texte : Le Théâtre de la Cité internationale (http://www.theatredelacite.com)

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Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Heiner MULLER (auteur), Célie PAUTHE (Metteur en scène),
Passage(s) : La Galerie - Théâtre de la Cité Internationale Paris 75014 ,
Source Artishoc : Le Théâtre de la Cité internationale - http://www.theatredelacite.com

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