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Rosaura


À propos



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La multiplicité des cultures et des expériences de Roser Montlló-Guberna et Brigitte Seth les conduit, lorsqu'elles se rencontrent, à mêler plusieurs langues, plusieurs langages :
« Nous parlons plusieurs langues quotidiennement (français, espagnol, catalan). Il nous est donc possible de choisir la langue dans laquelle, ce jour-là, ces mots-là expriment le mieux l'idée de l'instant. De la même manière, nous possédons plusieurs techniques et langages (danse, théâtre, musique). Pour nous il s'agit de moyens d'expression que nous utilisons sans préjugés, en toute liberté. Comme nos deux cultures coexistent pleinement, ces différents langages sont en complémentarité, en harmonie.
Notre recherche repose sur la dissociation, par conséquent le mélange de plusieurs éléments est indispensable. Ce travail profond, éprouvant parfois, est au service d'un "mieux dire utopique". Nous favorisons la recherche du sens par la dissociation et l'accumulation, les éclairs dans l'obscurité plutôt que la clarté du discursif, la convergence dynamique d'éléments épars et la forme ouverte qui requiert toujours la participation du spectateur. »

Au commencement, il y a un tableau : Rosaura dort auprès de sa sœur qui veille (qui nous observe ?). Ces figures se mettent en mouvement, le cadre disparaît...
Sortant du sommeil, ouvrant les yeux, Rosaura dit non.
Non à son nom.
Non à sa famille.
Non à ses racines.
Non à sa langue.
Non à l'évidence.
Non à ce qu'on dit
qu'on croit qu'elle est
et qu'on veut qu'elle soit.
Non.
Le « non » de Rosaura est celui de la résistance, de la révolte, de l'envie de vivre.
Le spectacle est né de ces révoltes là, de ce désir d'espace et de transgression.


Par trois fois, Rosaura se réveille, détruisant ainsi, par trois fois, la composition, créant ainsi, par trois fois, un tableau mouvant.

ROSAURA
¿Donde estoy ?
ANGUSTIAS
Chez toi.
ROSAURA
Chez moi ?
ANGUSTIAS
Oui, chez toi. [...]
ROSAURA
¡ Que veo ! ¡ Que miro ! ¡ Con poco espanto lo
admiro, con mucha duda lo creo ! C'est
maintenant que je rêve.
ANGUSTIAS
Non. Je sais que ce n'est pas un rêve. Je sais
que je suis ta sœur. Je sais... si, si, c'est sûr...
ça, je le sais...

Rosaura et Angustias sont des allégories. Il ne s'agit pas de personnages de théâtre animés par une psychologie, mais de rôles-fonctions. Elles portent chacune un sens qui se nourrit de leur confrontation.
Rosaura et Angustias sont sœurs, d'après ce qu'affirme Angustias, ce qui leur donne comme point commun d'avoir à vivre avec la famille, pour la refuser ou pour l'accepter, mais butant inexorablement sur son organisation, son idiome, ses silences, ses codes, ses légendes, ses lois, ses interdits. La famille devient alors, peut-être, la miniature d'autres mondes : le passé, l'avenir, la politique, la guerre, l'amour...


Rosaura est la révolte. Angustias est la certitude.
Rosaura est étrangère partout, Angustias seulement quelque part.
Rosaura ne connaît plus ses origines. Angustias a des ancêtres.
Rosaura est nue. Angustias est habillée.
Rosaura ne sait pas. Angustias sait.
Rosaura ne connaît plus sa famille. Angustias sait que Rosaura est sa sœur.
Rosaura ouvre les yeux, Angustias ne les ferme pas.
Rosaura doute de vivre un rêve. Angustias ne doute pas de la réalité.
Rosaura ne connaît plus son nom. Angustias porte bien le sien.
Amnésie, langages perturbés, mystérieux peuvent se lire comme une infinité de signes. Ces failles sont autant de sources qui nourrissent la danse, l'écriture, l'interprétation.

Le corps dit non.
Ce non-là n'est pas celui du renoncement, au contraire c'est celui de la fureur et de la résistance.
Ce non est une énergie, incoercible, folle qui, pour s'exprimer, aurait besoin de territoires adaptés à des courses, à des sauts, à des envo lées. Mais Rosaura n'a pas la place. Cette danse est construite à partir de hoquets et d'élans retenus. La chorégraphie naît donc à partir d'un espace réduit, trop petit, serré, qui enferme.
Parallèlement à la composition chorégraphique, nous écrivons des textes mêlant français, castillan et catalan, qui racontent aussi la folie, une rébellion contre un certain ordre.



“ Il y a des familles
où les gens vraiment
ont l'esprit de famille.
Il y a des familles
où sans se lasser
on a l'esprit de famille.
Il y a des familles
où l'on se rappelle que
l'on est tous membres
de la même famille.
Il y a des familles
où certains ont
vraiment joué le rôle
de fille ou de fils.
Il y a des familles
où l'on est vraiment
membre de la famille.
Dans une famille
on fait parfois tout
ce qu'il faut pour
la vie de famille
et parfois tous les
membres de la famille
ne le font pas.”

Gertrude Stein
Américains d'Amérique


Source Texte : Le Théâtre de la Cité internationale (http://www.theatredelacite.com)

Genre :
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : BRIGITTE SETH ET ROSER MONTLLO-GUBERNA (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Le Théâtre de la Cité internationale - http://www.theatredelacite.com

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