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La Raison gouverne le monde


Distribution et éléments biographiques



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La Raison gouverne le monde

mise en scène Christian Esnay

décor François Mercier
assisté de Séverine Yvernault
lumière Bruno Goubert
musique originale Bertrand Lacanal,
Rose Mary d'Orros
costumes Rose Mary d'Orros

avec : Ulla Baugué, Olivier Bouana, Stefan Delon,
Gérard Dumesnil, Bertrand Lacanal, Jacques Merle,
Rose Mary d'Orros, Laurent Pigeonnat, Catherine Vasseur, Nathalie Vidal, Thierry Vu Huu

et un chœur

Christian Esnay
Acteur dans le Groupe T'chan'G ! de Didier-Georges Gabily de 1991 à 1997, Christian Esnay joue également dans des spectacles mis en scène par Yann-Joël Collin, Serge Tranvouez, Hubert Colas, Robert Cantarella, Marie Vayssière, Stanislas Nordey.
Depuis 1997, il collabore aux travaux de formation et d'ateliers au sein du Théâtre des Fédérés à Montluçon.
Première mise en scène en 1998 au Maillon à Strasbourg, Le Songe d'une nuit d'été, un spectacle en appartement. Suivent deux autres textes de Shakespeare : Comme il vous plaira au festival de Mèze en 2000, Macbeth et la reprise de Comme il vous plaira, au Printemps des Comédiens et au Festival de Mèze, puis en tournée dans l'Hérault en 2001.
Autour des acteurs des deux pièces de Shakespeare, il constitue en 2002 un nouveau groupe pour la réalisation du projet La Raison gouverne le monde.


Les Auteurs

Aristophane (Athènes 445-385 av J.C.)
Poète comique athénien qui fut le maître de la comédie ancienne et inaugura la comédie moyenne. Contemporain d'Euripide et de Socrate qu'il mit en scène dans ses comédies, Aristophane a vécu la guerre du Péloponnèse. (431- 404 av. J.C.) et la fin de l'impérialisme athénien, et ses comédies sont en relation directe avec l'actualité politique et intellectuelle.
Dans Les Acharniens (425), il s'attaque en effet au parti de la guerre. Il récidive dans Les Cavaliers (424) où il prend pour cible le démagogue Cléon, un des hommes politique les plus populaires de temps. Avec Les Nuées (423), la critique d'Aristophane change de cible et se dirige contre les maîtres à penser du jour, les sophistes et Socrates. Les Guêpes (422), qui raillent les tribunaux populaires et la manie de juger des Athéniens, marquent un retour à la satire politique, tout comme La Paix (421) qui célèbre l'événement de la paix de Nicias. Les Oiseaux (414), fantaisie brillante où l'utopie se fait grinçante, constitue une charnière dans l'œuvre d'Aristophane. En 411, Lysistrata met au premier plan les femmes qui tentent d'imposer la paix grâce à une grève du sexe tandis que Les Thesmosphories, la même année, reprend les attaques contre les intellectuels du temps, incarnés ici par Euripide. Le même thème est développé dans Les Grenouilles (405) où Eschyle triomphe finalement de son jeune rival. Les deux dernières comédies d'Aristophane, L'Assemblée des femmes (393) et Ploutos (388), sont dominées par les problèmes économiques d'une Athènes privée désormais des revenus qu'elle tirait de l'empire et tentent de les résoudre par l'absurde, en établissant un communisme intégral ou en rendant la vue au dieu de la Richesse, Ploutos, ce qui est un moyen commode de réconcilier la justice et l'argent.
Ces comédies entretiennent avec la réalité un rapport paradoxal. D'un côté, elles s'ancrent fermement dans le réel. Elles mettent en scène des personnages bien vivants que les Athéniens peuvent croiser dans les rues, elles sont pleines d'allusions à l'actualité politique, elles sont riches d'enseignements sur la vie quotidienne de l'Athènes du Ve siècle, sur les banquets, les cérémonies du culte (on a utilisé les Acharniens pour reconstituer les processus des Dionysies rurales), les pratiques judiciaires ou politiques. Mais elles sont pleines de la fantaisie la plus débridée. Dans la comédie d'Aristophane, tout devient possible : les hommes peuvent se doter d'ailes ou de véhicules ailés pour monter chez Zeus (La Paix) ou fonder un royaume dans les airs (Les Oiseaux) ; on peut ramener les morts des Enfers (Les Grenouilles) ; on peut conclure une paix séparée (Les Acharniens) ; on peut même imaginer des femmes qui s'emparent du pouvoir politique et entreprennent de gouverner la cité comme elles gèrent la maison (L'Assemblée des femmes). Quant aux objets qui prolifèrent sur la scène comique, ils n'apparaissent le plus souvent que pour être détournés de leur fonction normale (...)
On a souvent tenté de tirer une leçon de ce théâtre qui n'a d'autre ambition que de provoquer le rire. On a prétendu définir une position politique d'Aristophane. Mais il faut bien se résigner à reconnaître que la comédie ancienne est simplement "contre" et qu'elle se contente de dénoncer les imposteurs de toute nature. Elle n'est peut-être pas non plus une simple exaltation des valeurs populaires du carnaval et de la fête. Comme son héros favori qui est tout à la fois rustre sans manières et un être plein de ressources, la comédie est double et joue avec la morale du ventre un jeu subtil.

Howard Barker (Dulwich 1946).
Auteur dramatique britannique. Depuis ses premières pièces, Cheek (Culot/joue) et No One Was Saved (Personne ne fut sauvé) 1970, Barker a déversé sur le théâtre britannique un torrent de pièces politiques dures, contestataires, mais éloquentes, toujours à la recherche d'un vocabulaire et d'images théâtraux aussi puissants que ceux du théâtre jacobéens. Une jeune compagnie théâtrale, The Wrestling School, s'est établie dans le seul but de jouer toutes les pièces de Barker est, en effet, (plus souvent joué par les jeunes que par les grandes compagnies, mais une des ses pièces récentes Scenes from an Execution (créée par la BBC) a été l'objet d'une mise en scène très réussie à Londres (Almeida Théâtre, 1991). The Castle (le Château, Odéon-Théâtre de France, mise en scène. K Ireland, 1995) est une entreprise de démolition systématique de tout les tabous - y compris ceux du langage. Ce que Barker appelle le "théâtre catastrophe".
D. Bradby
Dictionnaire encyclopédique du théâtre (M.Corvin)

Robert Garnier (La Ferté-Bernard 1545/Le Mans 1590). Auteur dramatique français issu de la bonne bourgeoisie provinciale, il étudie le droit à Toulouse, puis suit une brillante carrière judiciaire au Mans et à Paris où il est nommé membre du Grand Conseil en 1586. Durant les guerres de Religion, il milite pour l'unité catholique du royaume sans toutefois adhérer à la Ligue.
Sa carrière d'auteur est un divertissement de lettré, s'adressant à d'autres érudits. Humaniste, Garnier s'inspire d'abord de l'Antiquité classique, suivant souvent de près ses sources, pour cinq tragédies : Hippolyte (1572), Cornélie (1574), Marc-Antoine (1578), La Troade (1579), Antigone (1580) ; après le succès de l'Orlando furioso, il s'essaie à la tragédie-comédie avec Bradamante (1582) ; mais en bon catholique il arrive à l'Ancien Testament avec Les Juives (1583). L'œuvre théâtrale de Garnier est un enseignement moral, religieux, politique et comporte plusieurs allusions aux guerres civiles ; Cornélie à comme sous-titre : "Une grande république rompue par l'ambitieux discourt de ses citoyens."
Toutes ces pièces sont destinées à être jouées à la cour et dans des collèges, mais aussi à être lues ; la représentation n'exige qu'un décor simple, figurant un lieu neutre grâce à quelques rideaux, et le texte se prête plus à la déclamation qu'au jeu des acteurs. Le but est d'exciter la terreur et la pitié ; le moyen n'est pas l'action vue par les spectateurs, mais selon les préceptes d'Horace, le récit de l'action et les commentaires lyriques des chœurs. L'action elle-même est sans imprévu.

Heiner Müller (Eppendorf 1929 - Berlin 1995)
Poète et auteur dramatique allemand. Placé à la charnière des deux Allemagnes, il inquiète l'une et séduit l'autre ; il finit par s'imposer des deux côtés comme un des créateurs les plus puissants et une des connaissances les plus aiguës de l'Europe déchirée de l'après-guerre.

En 1933, il assiste à l'arrestation de son père par les nazis. Libéré après deux années de camp, celui-ci sera de nouveau arrêté en 1941 et envoyé en France dans un bataillon disciplinaire. En 1944, Heiner Müller est enrôlé dans le Volkstrüm. A la fin de la guerre, après quelques jours passés en captivité à l'Ouest, il rejoint la Zone soviétique et reprend ses études secondaires. En 1951, son père, en butte aux tracasseries des autorités soviétiques d'occupation, passe en Allemagne fédérale, bientôt rejoint par son épouse. Heiner Müller ne les suivra pas. Il a fait la connaissance d'Inge Meyer qui deviendra son épouse et collaborera à l'écriture de ses premières pièces : Le Briseur de salaires (1956) et la pièce radiophonique La Rectification (1957).

Une « dramaturgie de la production »
A cette époque, c'est-à-dire après la mort de Staline en 1953 et le soulèvement de Berlin-Est le 17 juin de la même année, Müller, qui est devenu proche des cercles brechtiens (Brecht meurt en 1956), pratique une dramaturgie dite «de la production» c'est-à-dire écrit des pièces qui procèdent d'un travail d'enquête et visent à une représentation critique des réalités économiques et sociales de l'Allemagne de l'Est. En 1961, l'année de la construction du mur de Berlin, sa pièce L'Emigrante ou la Vie à la campagne (1956-1961) est interdite après une unique représentation et lui-même est exclu de l'Union des écrivains.
Cette mesure ne met pas immédiatement un terme à sa pratique de la «dramaturgie de la production» : en 1964, il présente sous le titre Les paysans une nouvelle version de la pièce interdite en 1961 ainsi qu'une nouvelle œuvre, Le Chantier d'après le roman d'Erik Neutsch, Trace des pierres.
Après le suicide d'Inge Müller en 1966, alors qu'il continue à faire l'objet d'âpres critiques, il se détourne apparemment des sujets d'actualité et se tourne vers la tragédie grecque, adaptant ou récrivant selon le cas l'Œdipe Tyran de Sophocle/Hölderlin, le Philoctète de Sophocle et le Prométhée d'Eschyle. Le premier de ces textes sera mis en scène par Benno Besson (qui en avait commandé l'adaptation), les autres créés en Allemagne fédérale ou en Suisse.

Le « pessimisme historique »
Dans le même esprit, durant les décennies 1960 et 1970, il traduira ou récrira selon les cas plusieurs pièces de Shakespeare : Comme il vous plaira (1967, traduction), Macbeth (1971, une réécriture qui lui vaudra l'accusation de «pessimisme historique» et déclenchera une polémique), Hamlet (1976, avec Matthias Langhoff, mise en scène Benno Besson) et Anatomie Titus Fall of Rome (1984, «commentaire théâtral» du Titus Andronicus de Shakespeare, mise en scène Karge et Langhoff à Bochum). En fait, en ces temps difficiles, parallèlement à son activité de dramaturge au Berliner Ensemble tout d'abord (1970-1976) puis à la Volksbühne dirigée par Besson (à partir de 1976), Müller continue en privé à accumuler les éléments de pièces qui traitent soit du communisme comme Ciment d'après le roman de Gladkov (1972, mise en scène Ruth Berghaus au Berliner Ensemble) ou Mauser d'après un épisode du Don paisible de Cholokhov (mise en scène à l'université d'Austin, au Texas, en 1975, puis à Paris en 1979, et ensuite seulement en Allemagne), soit du communisme et de l'Allemagne, La Bataille (1951-1974), Tracteur (1955-1961, puis 1974) et Germania Mort à Berlin (1956-1971), pièces qui seront créées respectivement à la Volksbühne en 1975 pour les deux premières, dans une mise en scène de Karge et Langhoff, et à Munich par Ernst Wendt en 1978 pour la troisième. Trois pièces qui embrassent et analysent au scalpel l'histoire contemporaine et l'imaginaire non seulement de la République démocratique allemande mais de l'Allemagne dans son ensemble.

Le recours à la tradition
En 1976, le chanteur Wolf Biermann est déchu de la nationalité est-allemande. De nombreux écrivains, dont Müller, protestent. Il s'ensuit un départ en masse, autorisé voire suscité par les autorités de Berlin-Est, d'écrivains en direction de L'Allemagne fédérale : Heiner Müller reste. La société d'Allemagne de l'Est se replie sur elle-même, s'immobilise économiquement et politiquement. Müller prend ses distances avec l'exemple brechtien, revendique une tradition dont les figures tutélaires seraient Büchner, Kleist et Hölderlin, et lit la « pensée française » (Foucault, Deleuze, Baudrillard, Lyotard, Virilio).
Il écrit Hamlet-machine (1977, qui sera créée à Bruxelles à la fin de 1978 par Marc Liebens, au début de 1979 à Paris par Jean Jourdheuil avant les créations allemandes), court texte qui traite sur un mode quasi aphoristique de la figure d'Hamlet et de la tragédie du communisme au XXe siècle. C'est la première série de pièces qui ne traitent pas directement de l'histoire allemande : La Mission (1979), Quartett (1980), Rivage à l'abandon / Matériau-Médée / Paysage avec Argonautes (1982), Paysage sous surveillance (1984). Des œuvres de facture moderne (voire postmoderne) qui, s'étant émancipées du contexte est-allemand, prennent la mesure du désastre que les médias occidentaux infligent à l'art dramatique et qui constituent une tentative singulière pour renouveler l'écriture dramatique après Beckett et Genet (parmi les metteurs en scène de ces pièces : Chéreau, Langhoff, Jourdheuil et Peyret, Bob Wilson, Liebens, Loichemol, Delval et Dezoteux).

Histoire d'Allemagne
Mais Müller revient à l'histoire allemande avec La Route des chars I-V (1984-1987), créée à Bobigny dans une mise en scène de Jourdheuil et Peyret en 1988, pièce qui traite du couple germano-soviétique durant la Seconde Guerre mondiale et après, et qui s'achève sur une autopsie sans complaisance du «socialisme réel» en Allemagne de l'Est. Parallèlement, il est devenu metteur en scène : La Mission (1980 à Berlin-Est, 1982 à Bochum), Macbeth d'après Shakespeare (1980 à Berlin-Est), Le Briseur de salaires (1988 à Berlin-Est) et durant les événements de l'automne 1989, c'est-à-dire pendant que s'effondre le mur de Berlin et jusqu'aux élections de mars 1990, l'Hamlet de Shakespeare et son propre Hamlet-Machine.
En 1995, suite à un conflit au sein de la direction collégiale du Berliner Ensemble, Müller reste seul à la tête du théâtre de Brecht, où il met en scène La Résistible ascension d'Arturo Ui. Il meurt à Berlin le 30 décembre 1995.
Jean Jourdheuil

William Shakespeare (Stratford on Avon 1564-1616).
Le plus illustre poète dramatique de tous les temps, dont l'œuvre reste unique par sa diversité, sa richesse, sa profondeur et sa beauté poétique.

Une vie d'homme de théâtre
Sa vie est aussi bien connue que celle de beaucoup d'auteurs de son temps. Il fréquente probablement la très bonne école de Stratford, mais ne va pas à l'université.
En 1582 il épouse Ann Hathaway, de huit ans son aînée, qui donne le jour six mois plus tard à une fille, puis en 1585, à des jumeaux. On le perd de vue pendant sept ans. Il n'est pas impossible (l'hypothèse en a été reprise récemment) que pendant ces "années perdues" il ait servi, comme précepteur ou maître d'école, dans une grande famille du Lancashire. Il est possible aussi qu'il se soit joint à une compagnie en tournée.
On le retrouve à Londres en 1592, acteur et auteur suffisamment envié pour être attaqué par Greene. En 1593 et 1594 (années ou les épidémies de peste paralysent la vie théâtrale) il publie deux volumes de poèmes : Vénus et Adomis et Le Viol de Lucrèce (ses Sonnets, qui datent de la même époque ou des années immédiatement postérieures, ne verront le jour qu'en 1609).
En 1595, il est, avec R. Burbage et W. Kempe, l'un des trois signataires d'un reçu pour des représentations données à la cour pendant les fêtes de Noël 1594 par les Chamberlain's Men, ce qui semble indiquer qu'il occupe déjà une place importante dans cette compagnie.
En 1597 il achète l'une des plus belles maisons de Stratford. Il connaît donc très tôt le succès et la prospérité. Actionnaire de sa compagnie et du théâtre du Globe puis de celui de Black-friars, acteur et auteur attitré de la première troupe d'Angleterre, il vécut sans doute la vie d'un homme de théâtre professionnel jusque vers 1610.
Il regagne ensuite sa ville natale, mais sans rompre complètement avec ses camarades. Son testament mentionne des dons à Burbage, et à deux autres de ses associés, John Heminge et Henry Condell.
Ceux qui le connurent n'eurent pas seulement pour lui de l'admiration, mais de l'affection et de l'estime. Les accusations dont il est victime en 1592 sont démenties aussitôt par l'imprimeur de Greene, et son honnêteté est hautement confirmée plus tard par Jonson. Aucun de ses contemporains (et ils furent très nombreux à le connaître) ne contesta jamais qu'il ait bien été l'auteur de ses pièces. Les thèses "antistratfordiennes" datent essentiellement du XIXe siècle. Aucun spécialiste n'y croit, mais elles ont eu du succès auprès d'un public avide de scandales, amateur de cryptographie ou simplement ignorant. Curieusement, c'est en France qu'elles trouvent encore le plus d'audience. La raison en est peut-être la qualité d'un ouvrage d'Abel Lefranc, le plus sérieux dans ce domaine (A la découverte de Shakespeare, 1945-1950). Shakespeare a été aussi victime des assauts des "désintégrateurs" qui ont cru reconnaître dans ses œuvres la manière de plusieurs de ses contemporains. A l'inverse, sa notoriété lui a souvent valu l'attribution de pièces auxquelles il était étranger. Tout récemment encore, une nouvelle tentative a été faite pour lui attribuer un Edouard III anonyme de 1596.





Source Texte : Le Théâtre de la Cité internationale (http://www.theatredelacite.com)

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