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PACO DÈCINA en résidence pour 3 ans
Entretien
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Où va la chorégraphie contemporaine ?
Je me préoccupe de ce que je dois faire en tant que chorégraphe : mener la recherche qui est la mienne. Ce qui m'inquiète, c'est que l'art d'aujourd'hui parle moins des artistes et de leur place dans la société, que de la loi du commerce. Aujourd'hui, on demande un produit immédiat, de consommation, plutôt qu'un travail à long terme avec une véritable réflexion sur le monde et l'individu. Tout est devenu comme un " Grande Fratello ", un grand show télévisé, un énorme divertissement avec beaucoup d'effets spéciaux.
Que recherchez-vous et que questionnez-vous dans vos chorégraphies ?
Je questionne le corps et je recherche la sincérité. Une sincérité comme outil de travail, car je pense que, pour un danseur, le mouvement peut être aussi un masque. Dès qu'un danseur a appris à utiliser son corps, il est également censé avoir appris à le connaître et à l'accepter. La technique peut aussi servir à cacher ce que l'on est profondément et elle ne laisse pas forcement
apparaître ce que l'on est au fond de soi-même. C'est ce que je cherche chez mes interprètes, à travers le questionnement d'un spectacle. Il faut accepter tout ce que notre corps nous dit.
Comment concilier la technique et l'émotion ?
Pour moi, la technique n'est qu'une maîtrise de l'expression de l'émotion. L'émotion est quelque chose de très intéressant à observer, mais il faut savoir garder une distance pour être capable de la regarder avec détachement. Si l'on reste prisonnier de l'émotion, on est seulement tourné vers soi-même, alors que pour moi, à travers un spectacle de danse, il faut essayer de se faire universel, de se dépasser soi-même pour pouvoir s'observer.
A l'heure actuelle, quelle est la place de la chorégraphie parmi les autres arts ?
D'un point de vue " économique et commercial ", la danse reste toujours minoritaire par rapport aux autres arts. Pourtant, aujourd'hui, on constate une apothéose du corps qui fait que la danse est partout ! Je pense aussi que la danse est le plus contemporain des langages artistiques et celui qui est le plus proche de notre façon de vivre actuellement. Celle d'ouvrir de nouveaux espaces, de permettre au " nouveau " de s'installer, de s'éloigner des codes. Aujourd'hui, l'homme cherche une liberté par rapport à des règles, des habitudes, un savoir-faire qui nous a été imposé. Dans la danse, il y a cette forme de recherche, la danse parle de liberté, c'est un espace qui naît avant la parole, avant l'idée, avant le concept. C'est un moyen différent de communiquer.
Quels sont vos rapports avec les autres arts, notamment avec la littérature ? Y a-t-il des arts qui vous ont inspiré des créations ?
Je m'inspire de l'art de la vie. Mon inspiration vient d'une question, d'une problématique, d'une couleur, d'une densité, d'une matière, mais jamais d'un " objet " - soit-il d'art - tel qu'il existe, même pas d'une note. Pour moi, l'inspiration reste quelque chose de mystérieux, c'est une écoute, une ouverture au monde, un façon de se laisser traverser par ce qui nous entoure, donc ce qui nous parle, ce qui rentre en contact avec nous. Bien sûr, les autres arts m'inspirent, car tout art est une intuition, une ouverture à la vie. Tous les arts me nourrissent, mais je re-élabore au fond de moi tout ce qui provient des autres arts, afin qu'ils parlent à travers mes créations. M'inspirer des autres arts signifie me " réapproprier ", c'est-à-dire observer comment cette chose voyage au fond de moi. Sinon, il s'agit de réutiliser un pouvoir, un point de repère. Pour moi, l'art n'est pas l'objet, mais l'intention qui y est cachée. Quand on se trouve face à une ouvre d'art, on essaie d'être à l'écoute, en résonance avec l'artiste qui l'a produite. Auparavant, j'utilisais plus de supports pour réaliser les spectacles, qu'ils viennent des arts plastiques, de projections-vidéos, de textes - même s'ils n'apparaissaient pas, en tant que tels dans les spectacles. Aujourd'hui j'ai éliminé tout support. Les seuls supports que j'utilise sont totalement personnels et intimes, je sors, je regarde, j'écoute, mais dans la salle de répétition lorsque je travaille avec les interprètes, je recours de moins en moins à des références, à des lectures.
D'où vient votre inspiration ?
Du corps. Petit à petit, mon inspiration est venue de l'étude du fonctionnement de l'être humain, donc du corps dans son rapport à la vie, au monde, à la faculté de réaliser combien ils nous est pratiquement impossible de trouver une liberté vis-à-vis de l'esprit et de la vie qui s'impose à nous. Donc, pour moi, l'inspiration vient d'un travail d'observation et de dénouement des mécanismes fictionnels. Tout se passe dans un flux, comme dans la vie. Il faut toujours rester " vivants ", c'est-à-dire ouverts à tout ce qui survient. C'est de là que provient l'inspiration : que faire et comment faire pour être là, à chaque instant, vivant et présent ? C'est le point de départ de mon travail. Par la suite, les questions viennent du corps, selon les moment de la vie, le parcours, les personnes que je rencontre et avec lesquels je travaille, et surtout leur corps. C'est le corps qui me pose question. Alors, la question s'élargit et acquiert une dimension philosophique, qui devient elle-même le titre et le sujet de la pièce.
Comment choisissez-vous vos interprètes ?
En écoutant intimement la réponse à une question qui pourrait être posée ainsi : Pourquoi dansent-ils ? Je cherche des interprètes qui ont envie de se remettre en question et qui souhaitent développer leur conscience, leur âme, leur esprit, à travers la danse. Il ne s'agit pas d'une question de parade ou de pouvoir. Auparavant, je préférais collaborer avec des interprètes déjà " construits " parce que j'avais certainement besoin d'être soutenu moi-même. Aujourd'hui, je travaille avec de jeunes interprètes.
Pouvez-vous dire ce qu'est, pour vous, l'essence de la danse ?
La danse est liberté. La liberté est quelque chose qui fait peur car elle n'appartient pas à un schéma. L'être humain a besoin de se créer toute une schématisation pour vivre. La danse est libre, éphémère, insaisissable.
Source Texte : Le Théâtre de la Cité internationale (http://www.theatredelacite.com)
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Passage(s) : Théatre de la Cité internationale Paris 75014 ,
Source Artishoc : Le Théâtre de la Cité internationale - http://www.theatredelacite.com
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