Orientations 2020 - 2021

 

 

Ainsi, nous allons devoir nous réadapter, nous réinventer, redonner du pouvoir à l’imagination, penser le monde d’après, proposer des lendemains enviables en ménageant ce qu’il faut de dialogue, de consultation et de sens de la solidarité. Pendant que les formulations se confectionnaient à la hâte, les dogmes présentés hier comme immuables ont été prudemment mis sur le côté. L’air du temps est bien aux revirements de langage.

 

Il se pourrait aussi que simagrées et rédemptions abritent le désir inavouable de reprendre le cours de la folie ordinaire. Alors que la « mondialisation heureuse » titube, les transnationales du numérique – no border no limit – lorgnent ouvertement sur les espaces sauvegardés dans les champs de la santé, de l’éducation ou de la culture.

 

Le secteur du spectacle jouit d’un protectionnisme naturel pour peu que nous respections un principe élémentaire : Quittez vos écrans, ici, tout est vivant ! Vivants les débats et séminaires, vivants les innombrables ateliers de pratique artistique, vivants les plateaux du Théâtre de la Cité internationale qu’occupent, le plus souvent, de jeunes équipes artistiques.

 

Chaque saison, la place dévolue aux découvertes sur les ressorts de nos dérives est un autre gage de vitalité : du futur à recomposer sans peur, sous la conduite de Simon Tanguy ou d’Alain Damasio, aux tragédies de la mobilité transcendées par Alexandre Zeff, du collectif Marthe qui nous rappelle que ce sont toujours les dominants qui fixent le degré de la violence, à Fanny Soriano qui s’entête à retisser des relations humaines, de Malika Djardi qui voit dans l’espace public un territoire de reconquête, à Ariane Loze ou Julien Prévieux ironisant sur l’absurdité des valeurs qui prévalent... Eddy d’Aranjo, lui, nous parle, avec Jean-Luc Godard, d’une époque où ébullition artistique rimait avec fermentation politique. Ici, le vent n’a pas tourné. Cela fait des années que nous le laissons traverser librement le théâtre. S’il venait à se lever, il suffirait de garder le cap.

 

Marc Le Glatin