Orientations 2021-2022

 

 

Et si nous prenions au mot les recommandations de circonstance proclamées, çà et là, l’an dernier. Comme toujours par temps de crise, il s’en trouve qui ne sauraient ouvrir le bec sans avoir l’air de prononcer un oracle. Alors le chœur reprit qu’il fallait nous préparer à refonder, à imaginer un après. C’est ainsi que, de minauderies en contritions, le souci du bien commun regagna du galon. Mais comment inventer quand l’injonction à reprendre reste la norme ?

 

Les sages de l’Antiquité avaient compris qu’il fallait accorder du temps aux activités désintéressées. Un temps détaché du quotidien, de tout utilitarisme, pour laisser libre cours à sa curiosité, s’adonner au loisir studieux, à l’imaginaire, à la recherche du sens et du beau. Les romains nommaient ce temps libre otium. Sa négation, nec-otium, a donné le mot négoce, ce qui dit beaucoup.

 

Nombreux sont les spectacles de cette saison (Bâtir, Paresse, Lecture américaine, Le Jardin, Chère Chambre, Les Étrangers) où de jeunes adultes choisissent de se mettre en disponibilité, en errance éveillée, en quête de valeurs refondées. Même la musique se met au diapason (Vers la Résonance, Music for Airport, Slow), comme une invitation à cet état de paresse féconde qu’il faut savoir atteindre pour trouver la force de se détourner des impasses, eussent-elle l’apparence du confort, d’ouvrir des horizons, de franchir un gouffre. Face au niveau élevé des incertitudes - un gouffre ne saurait se franchir en deux fois ! – une évidence s’impose : l’art et l’éducation sont les conditions permissives de ce qui doit advenir ; ce sont les meilleurs terreaux de l’otium.

 

Marc Le Glatin